|
|
Extraits d'interviews
de Catherine Deneuve

| J'ai eu énormément
de plaisir à tourner avec Garrel. C'est vrai que c'est une
rencontre. Une rencontre de quartier d'abord : nous habitons dans
la même rue. Nous nous sommes croisés plusieurs fois.
Tous les deux, nous sommes timides, mais nous avons fini par nous
parler. Et puis de se parler, nous avons envisagé de travailler
ensemble. Il m'a fait lire son scénario et j'ai décidé
de tourner avec lui. C'était vraiment agréable. |
|
|
| L'idée est venue, comme ça,
de faire un jour un film ensemble. On s'est revus, il m'a proposé
un projet en me demandant de collaborer à l'écriture.
Je n'avais pas envie de faire un film qui vienne de moi, ou qui aille
vers moi en tant que personne. Je lui ai donc dit que j'avais toujours
envie de travailler avec lui, mais pas de cette manière. [...]
Moi, je sais que je ne suis pas capable de m'inventer, j'aurais été
vers des choses qui sont trop proches de moi, et je pense que ça
m'aurait fait fuir, d'ailleurs ça m'a fait fuir au départ. |
|
|
| Le tournage a été
vraiment étrange. Il s'est déroulé assez vite,
dans une grande douceur, il y avait quelque chose d'irréel
parce qu'on tournait très peu. Il est difficile de rester concentré
quand on tourne si peu, en une seule prise. Mais il y avait quelque
chose qui collait très bien, que je ressentais profondément,
par rapport à lui et aux choses qu'il m'avait dites concernant
mon personnage. J'ai donc eu l'impression de rentrer très facilement
dans son film. |
|
|
| Il est parti sur une
idée que j'étais prête à expérimenter
avec lui : ne faire qu'une prise. On répétait et on
ne tournait qu'une fois. On ne recommençait que s'il y avait
un pépin technique. Nous avons tourné comme ça,
et c'était assez intéressant et assez étrange. |
|
|
| On a répété
mais on ne répète jamais comme on va jouer quand même.
On répète par rapport à des déplacements,
on répète pour être sûr qu'on est bien dans
le mouvement, dans le rythme de la scène, on donne quand même
approximativement ce qu'on va donner au tournage parce que le metteur
en scène doit pouvoir savoir si on est dans une direction qui
lui convient par rapport au ton, mais là c'était vraiment
l'extrême, c'est-à-dire que vraiment c'était une
fois ; donc c'est vrai qu'à chaque fois qu'on disait "
moteur ", moi j'avais une espèce de pincement comme ça,
comme une espèce de montée d'adrénaline. |
|
|
| Dans le film de Garrel,
"Le vent de la nuit", j'ai une façon de toucher ce
jeune homme qui n'est pas seulement d'ordre sexuel. Cette femme n'a
pas eu d'enfants et elle a évoqué ce manque avec son
amant. Ce n'est pas forcément érotique comme situation.
Il y a un moment où l'on ne peut pas faire autrement. C'est
incontournable, le maternel chez une femme par rapport à un
homme, et je suis heureuse de pouvoir l'exprimer dans mes rôles.
D'ailleurs, on dit que les hommes recherchent toujours leur mère
et dans n'importe quelle amante, c'est toujours sa mère qu'on
recherche. |
|
|
| Philippe Garrel a fait
en sorte d'installer un personnage qui était tout à
fait plausible par rapport à l'actrice que je suis disons et
au passé d'actrice que j'ai. |
|
|
| Il y a des jours où
j'étais contente de quitter mon personnage. Ce personnage,
je le sentais très bien, il était proche de moi, je
pouvais facilement l'imaginer. Mais il fallait que je le quitte parce
que je trouvais ça lourd. Trop vrai. |
|
|
| Je n'ai pas du tout fait
le film de Philippe Garrel par provocation, comme certaines personnes
peuvent l'imaginer. C'était une vraie rencontre. |
|
|
| Bien des gens, j'en suis
sure, considèrent que, pour Catherine Deneuve, c'est une "erreur"
de tourner un film avec Philippe Garrel. Pour moi, et pour d'autres
j'espère, c'est un film magnifique. |
|
|
Extraits d'interviews
de Philippe Garrel

| Avec Catherine Deneuve, on est un peu comme des
parents qui ont leurs enfants dans la même école et qui
se sont rencontrés à la sortie en allant les chercher.
En même temps, on parle des choses très sincèrement,
à la sortie de l'école, on parle même de choses
tellement sincères que ça crée un peu d'angoisse.
|
Philippe Garrel, Les Cahiers du
Cinéma 2000
|
| Avoir tourné avec Catherine
Deneuve me fait penser à mon ami peintre Frédéric
Pardo, à qui le Président de la République, François
Mitterrand, avait commandé un tableau officiel après
avoir été élu. Et le Président de la République
venait poser chez lui
Et on a beau se dire que Ingres et d'autres
faisaient déjà ça comme ça, c'est difficile
à ce moment-là de tenir le crayon ou le fusain sans
trembler. |
Philippe Garrel, Les Cahiers du
Cinéma 2000
|
| Je ne sais pas ce qu'elle
trouve chez moi
En revanche, je sais ce que j'ai trouvé
chez elle : une capacité de jouer en première prise,
pendant des journées entières. On répète
beaucoup mais on ne joue qu'une fois : c'est ce que j'aime. Il n'y
a pas beaucoup d'acteurs capables comme elle de jouer en première
prise.
|
|
Philippe Garrel, Les Cahiers du
Cinéma 2000
|
Extraits d'interviews
de Xavier Beauvois

| Le premier souvenir que j'ai d'elle,
comme beaucoup de gens de ma génération, c'est forcément
" Peau d'âne ". L'image parfaite de la princesse telle
qu'on se l'imagine quand on est enfant. Si elle savait le nombre d'heures
que j'ai passées depuis avec elle, tous ces films que j'ai
vus et revus... Elle aussi, c'est une vraie cinéphile. Elle
voit tout. Elle connaît tout. Elle est vraiment curieuse. Dans
"La nuit américaine", Jean-Pierre Léaud se
demandait si les femmes étaient magiques. Moi, je ne sais pas
si les femmes sont magiques, mais ce que je sais, c'est que Catherine
Deneuve, elle, est magique... |
|
Xavier Beauvois, Studio Magazine
1998
|
| Etre l'amant de Catherine Deneuve au cinéma,
cela vous enlève forcément de l'ambition pour la suite
: qu'est-ce qui peut t'arriver de mieux ? Sur le tournage, des Italiens
qui passaient par là ont dit, pensant que je ne comprenais
pas l'italien : "Il en a de la chance, ce jeune homme !"
C'est vrai que j'ai eu de la chance. Le plus troublant, c'est cette
différence qu'il peut y avoir entre les répétitions
et la première prise. Le moment où elle est Catherine
Deneuve et celui où elle devient le personnage. Vous êtes
là, face à elle, vous la prenez dans vos bras. Il est
écrit dans le scénario qu'il faudra l'embrasser. Vous
vous demandez comment vous allez faire. Et puis, tout à coup,
son regard s'embue, son rythme cardiaque s'accélère
et ce n'est plus Deneuve qui est là, mais le personnage, la
femme que vous aimez... Tout devient alors si facile ! Vous la regardez
et c'est comme un miroir. A vous de la suivre... Sur le tournage,
elle était adorable. C'est elle qui m'a demandé de la
tutoyer. Au début, j'avais du mal mais, très vite, elle
a su me mettre à l'aise. Elle trouvait, en plus, que c'était
mieux par rapport au film. Elle est beaucoup plus simple qu'on ne
le pense... |
Xavier Beauvois, Studio Magazine
1998
|
Extraits de critiques

| Catherine Deneuve apporte à son rôle
autant de lassitude que de passion. Blessée par le temps qui
passe, prisonnière de ses sentiments, mais jamais esclave de
ses incertitudes, elle laisse apparaître dans son jeu des nuances
d'une vérité saisissante. Et dans son sourire, cette
mélancolie qui appartient à ceux qui n'ont jamais eu
peur de ce feu qui brûle les curs
blessés... |
|
Thierry Klifa, Studio Magazine
1999
|

|
1999
Couleurs
1h35
Rôle d'Hélène |
|
Réalisateur
: Philippe
Garrel
Acteurs : Xavier Beauvois, Daniel Duval,
Jacques Lassalle
Scénario : Philippe
Garrel, Xavier Beauvois, Marc Cholodenko, Arlette Langmann
Photo : Caroline Champetier
Musique : John Cale
Résumé
: Paul, un sculpteur d'une trentaine d'années, vit une passion
incertaine avec Hélène, une femme plus âgée
que lui. Lors d'un voyage en Italie, il se lie d'amitié avec
Serge, un homme de 50 ans, au lourd passé...
Festival
de Venise 1999
Photos du film

|