Sa carrière / Films / Princesse Marie (France 2 / Arte)
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Anecdotes sur le tournage

Marie Bonaparte

Marie Bonaparte (1882-1962) était la petite-nièce de l'empereur Napoléon 1er, princesse de Grèce et du Danemark. En 1925, elle se rendit à Vienne pour consulter Sigmund Freud au sujet de ses problèmes de frigidité sexuelle. Il devint son psychanalyste, mais aussi son maître et son ami. Marie Bonaparte était une personnalité hors du commun, qui a utilisé sa position sociale et sa fortune pour promouvoir les théories scientifiques de Freud et soutenir son travail. Elle a traduit ses livres en français, et en 1938 l'a aidé à fuir l'Autriche pour Londres, où il est décédé en 1939. Par la suite, elle a joué un rôle décisif dans la structuration de la psychanalyse française.

Le scénario écrit par Louis Gardel et François-Olivier Rousseau a obtenu le grand prix du meilleur scénario TV remis dans le cadre du FIPA de Biarritz en 2003. François-Olivier Rousseau souligne que Catherine Deneuve a poussé ses auteurs "à aller vers plus d'audace tout le temps".

Le tournage s'est déroulé principalement en Autriche au printemps 2003 : à Vienne, ainsi qu'en Basse-Autriche (châteaux d'Eckartsau et de Tannenmühle) et Haute-Autriche (château Trauttenberg). Des scènes ont également été filmées à Paris, Saint-Cloud, Saint-Tropez, Maresfield gardens en Angleterre, dans les montagnes suisses et en Toscane.

Trois plans filmés n'étaient pas écrits dans le scénario : ceux où l'on rase avec un coupe-chou le pubis de Marie Bonaparte. Ces trois plans, absents du scénario et non lus par les producteurs apparaissent à Benoît Jacquot comme la cause, le noyau du fil (France 2 a demandé d'enlever ces plans, qui seront par contre présents dans la version diffusée sur Arte et sur le DVD).

Ecoutez la véritable voix de Marie Bonaparte !

Extraits d'interviews de Catherine Deneuve

Pour "Princesse Marie", mon cachet était le même que pour un film d'auteur. J'ai toujours fait de tels films. Sinon, on se limite à des œuvres commerciales. Je ne veux pas être le sapin de Noël, l'élément décoratif.

La genèse du projet


C'est une idée ancienne, un peu flottante. Nous l'avions évoquée avec Louis Gardel, au moment du tournage de "Fort Saganne"... Le temps passait. Je connais Célia Bertin, auteur de la très belle biographie de Marie Bonaparte que j'ai évidemment lue lorsqu'elle est sortie. Et c'est ainsi, sans hâte, que les choses se sont imposées.

Cela m'avait semblé être un beau personnage de femme. Célia Bertin m'avait envoyé son livre et je l'avais trouvé intéressant. Mais, a priori, je ne cherche pas à jouer des héroïnes, des femmes qui ont existé. Quand Louis Gardel a su que je cherchais un sujet pour la télévision, il me l'a proposé, Louis a écrit un scénario formidable, où l'on voyait la double vie de Marie Bonaparte : sa vie sociale, de princesse, et sa vie de femme, cherchant à s'accomplir et surtout à se libérer à travers la psychanalyse.

Je trouvais que c'était un bon sujet sur la longueur pour un film de télévision - même si j'aurais envie aujourd'hui que le film soit en salles - et que le personnage de cette femme était très intéressant. Elle a une vie originale et très riche. C'est une héroïne qui me convenait tout à fait...

C'est Louis Gardel qui a initié le projet et j'ai été, dès le départ, très liée à son développement. J'ai toujours dit que j'étais intéressée par un projet qui se prête vraiment à la télévision, et qui ne pourrait pas se faire au cinéma, en raison de son sujet ou de sa longueur. Quand Louis Gardel m'a parlé de Marie Bonaparte, il y a deux ans, j'ai tout de suite eu envie d'y participer.

J'avais dit, il y a longtemps, que si un jour je faisais de la télé ce serait pour m'impliquer dans un projet qui soit impossible à réaliser au cinéma. Louis Gardel, le scénariste de "Princesse Marie", s'en est souvenu au moment où il a été question de Marie Bonaparte. La psychanalyse, c'est un sujet qui peut rebuter a priori au cinéma, parce qu'il implique, justement, une certaine durée. De mon côté, je connaissais le personnage de Marie Bonaparte à travers une biographie que j'avais lue. Quand Gardel a soulevé l'idée, j'ai très vite proposé Benoît Jacquot pour la réalisation.

Cela fait longtemps que je voulais travailler avec [Benoît Jacquot] et je sais que la psychanalyse l'intéresse particulièrement. Je savais qu'il aurait une manière d'aborder le sujet de manière profonde et légère à la fois, qu'il ne s'appesantirait pas sur le thème de manière sentencieuse ou démonstrative.


La psychanalyse


La psychanalyse est une chose qui m'intéresse beaucoup. Mais la difficulté pour moi était d'approcher cela sans avoir l'air pédante.
Catherine Deneuve, citée dans Télé Câble Satellite 2004

J'ai lu des ouvrages sur Freud et sur la psychanalyse, qui m'intéresse. Je n'ai pas fait d'analyse moi-même, mais j'ai des amis psychanalystes. J'ai pu leur poser des questions techniques, sur la façon dont on se tient et dont on se comporte dans un cabinet de psychanalyste. Et j'ai été très impressionnée par la reconstitution à l'identique de celui qu'occupait Freud !

Ce n'est pas un personnage qui m'attirait a priori, mais je connaissais son histoire et je trouvais que c'était un sujet vraiment intéressant pour la télévision : il me semblait que la psychanalyse était un sujet plus difficilement envisageable pour le cinéma. En plus, comme il s'agissait de télévision, on pouvait se permettre d'avoir une durée de trois heures.

Le cœur du film, c'est la psychanalyse. C'est-à-dire qu'il faut être allongé sur un divan... dans une position de vulnérabilité extrême. Je redoutais un peu cet aspect et les longs plans-séquences qui traduisent ces moments si particuliers entre Marie et Freud. Il y a une concentration très dense à trouver pour que l'on donne le sentiment du secret du cabinet et qu'en même temps tout parle au spectateur.

Sa frigidité est à l'origine de sa quête de la psychanalyse : elle veut trouver une explication à cela. Pour l'époque et par rapport à son milieu, c'était tout à fait étonnant !
Catherine Deneuve, citée dans Télé Câble Satellite 2004

Le personnage


J'avais lu la biographie de Marie Bonaparte. Sa recherche de liberté était très étonnante pour son époque et son milieu. Malgré son entourage et la véritable réclusion qu'elle avait subie durant son enfance, elle revenait de loin. Elle a eu toutes les audaces, tout en tentant de ne rien briser au sein de sa famille. Je n'aime pas trop les femmes de devoir, mais elle en était une aussi ! Marie avait beaucoup de respect et d'affection pour son mari. Possessive, elle s'efforçait néanmoins de laisser ses enfants exister. Elle a commis des erreurs. Pas toujours sympathique, elle était d'une grande bonne fois et essayait de se corriger. Elle vivait dans la générosité et la démesure, un mélange de volonté, d'intelligence, de courage, de maladresse, d'obstination, de réalisme et d'impulsivité.

Ce qui m'intéresse chez Marie Bonaparte, c'est le fait qu'elle soit princesse et qu'elle essaie de faire exister des choses qui sont incompatibles.
Catherine Deneuve, citée dans Télé Câble Satellite 2004

Il me semble que ce qui est très intéressant dans l'histoire telle que la racontent Louis Gardel et François-Olivier Rousseau, c'est cette double dette. Celle que Marie pense avoir à l'endroit de Freud qui l'a sauvée de l'horrible dépression dans laquelle elle s'enlisait, celle que Freud a envers elle puisqu'elle lui a littéralement, plus tard, en échange, sauvé la vie.

Vous savez, on dit toujours que les actrices ont une double vie ; il y avait de ça chez Marie Bonaparte. Voilà une femme du monde qui a une vie sociale, publique, et qui en même temps essaie d'avoir une vie personnelle et familiale. Ce qui n'est pas facile, compte tenu de son enfance cauchemardesque et de son mariage désastreux avec un homosexuel. C'est pour cette raison qu'elle se lance ensuite dans une recherche sur elle-même, qui passe par des choses douloureuses à comprendre et à accepter. Trois vies quasi simultanées... Et puis j'aimais bien son caractère entier, brutal parfois, très direct.

Ce langage cru, direct, notamment sur la sexualité, c'était celui de Marie. Elle avait une façon de parler naturelle, spontanée. Elle appelait un chat un chat.

Elle est complexe. Et c'est ce qui est difficile. Elle n'est jamais unie, une. De plus c'est quelqu'un qui s'observe, qui ne s'aveugle pas sur elle-même et qui sait parfaitement - en tout cas qui pense le savoir - ce qui la motive. C'est cela qu'il ne faut jamais oublier devant la caméra, cette femme est plusieurs...

Dans le cas de Marie Bonaparte, c'est important, évidemment, puisqu'elle vit la frigidité comme un échec de femme, une douleur, une grande souffrance, une impuissance, alors qu'elle est assez puissante comme femme.

Elle arrive à avoir un amour physique parce qu'elle a du désir pour lui, parce qu'il est jeune, beau et intelligent, et très vite elle se rend compte que ce n'est pas suffisant. C'est aussi parce que Loewenstein est proche de Freud, elle le retrouve à travers lui. Elle lui avoue qu'il ne peut pas la faire souffrir. Un homme qui ne peut pas vous faire souffrir, c'est un homme qu'on peut aimer mais avec une certaine limite, qui n'a pas d'emprise sentimentale sur vous.

Elle a trouvé en Freud la cause qui allait la guider, lui permettre de redresser sa vie qui lui pesait beaucoup. Elle était tout de même très malheureuse.

Il y a ce mystère du désir de la retouche. Elle a, à plusieurs reprises, effectivement, subi des opérations... Elle a le sentiment que son corps ne répond pas. Elle se vit frigide. Elle cherche des solutions techniques ! Ce qui est assez drôle si l'on veut bien se souvenir qu'elle est l'une des premières disciples de Freud et qu'elle devrait commencer par aller chercher ses solutions ailleurs. Je ne peux m'interdire de penser que cette première scène du film n'apparaîtra pas comme tragique, mais qu'elle sera drôle. Il y a quelque chose de cocasse dans la situation, dans la quête de Marie... ou est-ce ma façon de me défendre de la cruauté de ce qu'elle subit ?

[A propos de la scène d'opération]
Je l'ai fait dans l'optique du personnage, et l'idée de commencer par ça, c'est une idée de Benoît. Il a voulu ce plan-là, "l'origine du monde". Mais j'étais d'accord. Marie Bonaparte est même allée en Afrique pour en savoir plus sur l'excision des femmes africaines. Dans le film, nous ne pouvions pas tout traiter, raison de plus pour que ce problème de frigidité, de plaisir féminin, ne soit pas passé aux oubliettes. Parce que c'était important pour elle. Si elle n'avait pas rencontre Freud, elle aurait passé sa vie à se mutiler et serait peut-être morte sur la table d'opération.

Le scénariste Louis Gardel s'est demandé s'il fallait parler de ces interventions que Marie Bonaparte avait voulu subir et j'ai maintenu que c'était nécessaire. Ce début est très important parce que la frigidité est à l'origine de la quête de cete femme. Elle parlait de l'excision et voulait aller rencontrer des femmes en Afrique. J'ai pensé qu'il fallait tout de suite entrer dans l'intimité, avec simplicité.

Je savais que c'était une femme au franc-parler incroyable. Nous avions même imaginé des scènes aux dialogues plus crûs : elle s'intéressait en effet à l'Afrique et au drame de l'excision. Je suis très heureuse que le film s'ouvre sur une scène très crue, très médicale, parce que c'est à l'origine de toute sa quête et de sa difficulté à vivre comme une femme "phallique".

Moi, je crois qu'il y a toujours eu des femmes intelligentes. Leur problème, c'est de se donner les moyens de pouvoir l'exprimer. Pour Marie Bonaparte, c'est la rencontre avec Freud qui va être décisive. Sinon elle aurait continué à chercher, à se mutiler, dans une quête du plaisir, une recherche qu'on peut comprendre, certes, mais qui à l'époque n'était pas évidente, et pas forcément acceptable. Parler de sexualité, ça ne se faisait pas. En fait, c'est une héroïne féministe.

Ce qui m'intéressait surtout chez ce personnage, c'est qu'elle savait tout à la fois tenir son rang d'altesse royale et s'en servir pour obtenir des privilèges, et qu'en même temps elle revendiquait sa liberté de penser, sa curiosité sur elle-même. C'est un personnage ambivalent, complexe, d'une très grande richesse dramatique.

[Ce qui la séduit dans le personnage]
Je dirais que c'est ce que l'on peut nommer sa virilité. Cette manière qu'elle a de prendre en main la vie, sa vie, celle des autres, cette façon qu'elle a d'affronter la réalité, de savoir faire preuve d'un vrai courage face à des événements douloureux ou terriblement tragiques. Elle ne se tait pas. Elle est frontale. C'est bien.

Je ne lui ressemble pas physiquement, alors j'ai essayé d'imaginer. Il fallait montrer d'où elle venait. Comme nous ne pouvions pas reconstituer les scènes de bal avec la reine d'Angleterre, j'ai porté de vrais bijoux et des costumes magnifiques. Je n'ai jamais eu autant de costumes dans un film ! Il fallait de vêtements souples, qui bougent, pour une femme en mouvement. Cela m'a aidée à approcher le personnage.

[à propos de Madame de Merteuil et Marie Bonaparte]
Ce sont des femmes décidées, qui ne se laissent pas faire par les conventions de leur époque, qui veulent sortir du rôle traditionnellement réservé aux femmes. Des femmes viriles.

Le tournage


"Princesse Marie" était un sujet idéal pour le petit écran. Nous aurions eu davantage de contraintes au cinéma. L'argent est une fausse liberté. Là, nous avions une équipe légère, tout était plus simple. Cependant, ce tournage était différent de ceux de la télévision en général, où le rythme est incroyable et donne rarement des choses de qualité. On ne fait que tourner et on n'a pas le temps de travailler. Je n'ai pas envie de cela.

J'ai lu beaucoup de choses sur le personnage, même si au moment du tournage, il faut arriver à oublier ce qu'on a lu. En même temps, c'est un personnage tellement concret, tellement ancré à la fois dans la réflexion et l'action, que je n'ai pas eu trop de mal à me la représenter.

Catherine Leterrier est l'une des costumières de cinéma les plus douées que je connaisse. J'avais déjà travaillé avec elle sur "Le sauvage", et j'ai cherché à collaborer de nouveau avec elle. Je n'ai jamais renoncé, même si elle est très souvent occupée. J'étais donc très heureuse qu'elle puisse travailler sur ce film. Ça ne lui faisait pas peur, ce qui est capital car je crois que je n'ai jamais porté autant de costumes différents dans un film et que tout était à fabriquer ! Elle était consciente du fait que lorsqu'on change souvent de costumes, on risque de tuer l'émotion et la réalité d'un personnage. Elle s'est donc beaucoup attachée à travailler avec des matériaux anciens qu'elle a fait retravailler pour moi. Elle a cherché des tissus qui n'existent plus aujourd'hui, des matières très souples, très molles, qui ne font ni neuves, ni reconstitution. On a pu passer beaucoup de temps à essayer et réessayer les différents costumes. C'est très important, surtout pour un film d'époque, d'avoir l'impression que la silhouette se dessine.

La recherche sur la coiffure, les costumes, a été assez longue et elle m'a permis d'approcher Marie. Inconsciemment, j'ai réfléchi sur le genre de femme qu'elle était, la façon dont elle bougeait, dont elle s'habillait - Catherine Leterrier a fait des costumes absolument magnifiques. Ça évoque des choses du caractère. Par exemple, porter un somptueux manteau de fourrure sur une jupe en maille avec un cardigan, et juste un très beau bijou, ce mélange, ce contraste de choses simples et luxueuses, pas sophistiquées, luxueuses. Comme on voit des femmes qui portent une jupe et un pull noirs mais avec un sublime collier de perles.

[Je la vois] comme une femme qui ne fait pas trop attention mais qui a de belles choses parce qu'elle appartient à un certain monde. Je ne la vois pas comme une femme qui passe beaucoup de temps à chercher ses vêtements, à trouver les chaussures qui vont avec le sac. Elle n'en a pas beaucoup mais ce sont des choses très bien et elle les traite avec naturel. Comme quand j'arrache ma tiare à l'hôtel, on sent que tout ça lui pèse.

On a commencé par les scènes du milieu du film. Cela m'a donné une grande confiance pour continuer et l'impression d'avoir la charpente du personnage. Toucher à l'intime si vite nous a donné beaucoup de liberté.

Le film commence par des scènes de psychanalyse, assez longues et rigoureuses, je le redoutais parce que je n'avais pas beaucoup d'éléments... S'allonger sur un canapé et monologuer c'est quand même autre chose! Parler de la psychanalyse assis, en fumant une cigarette, connaître quelques psychanalystes, avoir lu Freud, c'est une chose. S'allonger sur le divan au cinéma, ne parler à personne sauf à quelqu'un qui vous écoute, dans votre dos, et raconter son enfance...Il ne fallait pas que ce soit théâtral. J'ai essayé d'être dans l'intensité et dans la vérité de ce qui était écrit... Il a bien fallu se lancer !

Nous avons tourné plus de deux mois à Vienne, en décors naturels, dans les conditions du cinéma. Le réalisateur Benoît Jacquot, avec lequel je voulais tourner depuis longtemps, sait dépenser l'argent qu'il n'a pas ! Pour interpréter Freud, il fallait un acteur de langue allemande et j'ai eu l'idée de Heinz Bennent, avec lequel j'avais déjà joué dans "Le dernier métro" de François Truffaut. En revanche, jouer en allemand a été un calvaire pour moi ! J'aime bien les langues mais avec l'allemand, rien à faire.

Le bonheur, c'était aussi d'être dans cet hôtel en bordure d'un parc, à Vienne, au printemps. Pour moi qui suis une femme de la nature, j'avais l'impression de ne pas être enfermée dans une ville, voir dans ce jardin l'éclosion du printemps, c'était un vrai bonheur. Le bonheur, c'est aussi la naissance de ma petite-fille. C'était aussi une forme de malheur car je n'étais pas là quand elle est née.

A Vienne, j'allais aux puces le dimanche, c'est la ville de la Sécession. J'aime beaucoup les faïences, la verrerie. Ces objets que j'ai achetés là-bas sont associés au tournage. Le printemps à Vienne est une très belle saison. Il y a des marchés aux fleurs magnifiques. En rentrant, je cueillais du lilas. Jonquilles, roses, tulipes... J'avais des bouquets extraordinaires à l'hôtel. C'était très agréable, comme d'entrer dans une maison. Sur ma table de nuit, j'avais des pivoines, un tout petit objet en ambre que j'avais acheté, des petits champignons sur un bloc de trois couleurs différentes et des petits vases également - c'est plus joli que les vases d'hôtel...

J'aime avoir un parfum pour un rôle. Si je me focalise sur une odeur, une senteur plutôt, elle va m'accompagner pendant le film. C'est comme un accessoire. Sur "Princesse Marie", de Benoît Jacquot, je prenais Noir Épices de Frédéric Malle, et sur "Les temps qui changent", d'André Téchiné, je portais Ambre Sultan, de Shiseido, qui évoquait le Maroc, Tanger...


J'ai des souvenirs d'avoir écouté des choses précises sur des films précis. Beth Gibbons, par exemple, est très liée au tournage de "Princesse Marie", à Vienne.


J'ai été si heureuse de retrouver Heinz Bennent. Nous avons renoué comme si nous nous étions quittés la veille... alors que "Le dernier métro", dans lequel il interprétait mon mari, est sorti il y a plus de vingt ans... 1980... Et c'est comme si nous ne nous étions pas perdus de vue. C'est l'un des heureux mystères de ce métier. L'entente qui ne s'efface pas et perdure...

J'étais très heureuse [de retrouver Heinz Bennent], même si lui était très anxieux et hésitait à faire le film au dernier moment. Pourtant, quand on s'est retrouvés, c'est comme si on avait fini "Le dernier métro" six mois plus tôt. Nous avons eu une simplicité de rapports, une estime réciproque, qui a beaucoup facilité les choses.

Les retrouvailles, c'est Heinz Bennent, que je n'avais pas revu depuis "Le dernier métro", comme si je l'avais quitté un mois avant. Ça a été un enchantement, une continuité.

[Christian] est Antoine Leandri, le premier amant de Marie... Bien entendu, ce n'est pas moi qui joue Marie jeune, mais Marie-Christine Friedrich... qu'on se rassure. C'est amusant, une petite note ironique de la distribution.

"Les liaisons" ont été sabotées, diffusées en catastrophe et Rupert Everett doublé... Je suis contente de ne pas rester sur cette impression. Mais désormais je serai assez prudente avec la télévision.
Catherine Deneuve, citée dans Télé Loisirs 2004

Extraits d'interviews de Benoît Jacquot

C'est vraiment Catherine Deneuve, avec qui je souhaitais travailler depuis longtemps, qui m'a imposé comme réalisateur auprès de la production.

Il y a longtemps, dit-il, que nous tournions autour de l'idée de faire un jour un film ensemble. Je dirais que ces derniers trois ans, cette idée c'est faite plus pressante. Et le projet de "Princesse Marie" s'est imposé comme un idéal.

Contrairement à ce qu'on s'imagine, tout ce qui est psy aurait plutôt tendance à me hérisser. Surtout lorsque cette thématique est abordée de façon aussi frontale. Mais Catherine Deneuve, qui tenait beaucoup à ce projet, pensait que j'étais le cinéaste adéquat. C'était assez irrésistible pour que je finisse par accepter !

Benoît Jacquot, Télé Obs Cinéma

[Lorsqu'on est sollicité par une vedette]
Quand l'acteur a une réalité très forte dans le paysage du cinéma, on peut faire le film dans la perspective de cet acteur. [L'écriture du scénario est différente], dans la mesure où je suis impliqué dans l'écriture. Le scénario est alors une espèce de lettre à l'acteur. L'acteur me répond en jouant et c'est cette réponse que je filmerai.


Le fait que ce soit Catherine Deneuve qui ait fait appel à moi, et non l'inverse, m'a donné une aisance et une liberté vis-à-vis d'elle que je n'aurais sans doute pas eues dans une autre situation. Du coup, cela nous a permis de développer une relation de complicité, sans contrainte. C'est donc moins de la direction d'acteurs qu'il s'agissait qu'une sorte d'alliance pour fabriquer un objet sur lequel nous étions tous les deux d'accord.


On a décidé d'en faire un téléfilm pour ne pas avoir la sanction du public sur un film. Avec un film pour la télévision, on a le sentiment qu'il n'y aura pas la sanction du jour de la sortie. On se sent presque irresponsable quand on fait un téléfilm.


Avec Catherine Deneuve, nous nous étions accordé la liberté de ne pas se préoccuper de savoir si cela marcherait ou pas. Or cette question est toujours suspendue comme une épée de Damoclès sur la tête du réalisateur. A la télévision, le public est plus abstrait moins quantifiable. Le mercredi de la sortie en salle c'est un couperet ; on a l'impression, quand on se lève le matin, qu'on marche à l'échafaud. Les chiffres tombent dans l'après-midi ; c'est tellement violent que lorsque l'on recommence avec un nouveau film on a ce couperet en tête. A la télévision, il n'existe pas cette sanction du mercredi de la sortie. On a l'audience, mais ces chiffres sont plus abstraits. Ce n'est pas la même chose.

Catherine Deneuve est avide de tout ce qui a trait à l'intériorité.

Catherine Deneuve est l'une des personnes les plus vivantes que je connaisse.

Mon film, ce n'était pas seulement Marie Bonaparte, c'était d'abord Deneuve. Je rappelle que ce film n'était pas une commande mais une demande. De Catherine Deneuve. Sans doute est-elle sensible au sujet. Elle a tourné pour Raoul Ruiz et Téchiné, qui sont un peu "travaillés" par la psychanalyse. Mais ni elle ni moi ne voulions pontifier sur Freud. Juste mettre en scène leur relation. Il n'était pas question de faire un film rasoir et fermé au spectateur lambda.

C'est vrai, [Marie Bonaparte] avait un côté grenadier. C'était sans doute son sang Bonaparte. Elle avait un langage très cru mais, dans la bouche de Catherine Deneuve, ce serait devenu folklorique. On n'aurait vu que le numéro d'acteur. Je montre bien cependant son caractère "allumé". Quand elle arrive dans l'hôpital anglais et qu'elle donne des diagnostics définitifs après un simple coup d'œil, on perçoit sa folie douce. Je voulais d'ailleurs appeler le film "Princesse Zinzin" mais la vérité est souvent moins cinématographique que le vraisemblable. Si je l'avais montrée telle qu'elle était, le spectateur n'y aurait pas cru. Je glisse aussi sur les rapports très étranges qu'elle entretenait avec son fils. Il a fallu que Freud lui écrive une lettre pour qu'elle n'enfreigne pas le tabou de l'inceste. Néanmoins, dans le film, le premier amant de Catherine Deneuve est joué par Christian Vadim, son fils. Interprétez-le à votre guise.

L'aspect excessif, extravagant, quasi baroque, du personnage m'a fasciné. Et j'aimais surtout l'idée de donner l'occasion à Catherine Deneuve de jouer une telle figure pendant trois heures.

[A propos de la scène d'opération]
Cette scène, c'est moi qui l'ai voulue. La première version du scénario était un peu trop chou à la crème à mon goût. Catherine et moi en avons discuté avec Louis Gardel. C'est là qu'il en est venu à nous raconter que la princesse était obsédée par son "accomplissement orgastique" - c'étaient ses propres termes - et qu'elle n'arrêtait pas de se faire opérer. ça a été le clitoris trois fois, et puis les seins, et le nez aussi, comme ça, au passage… Je lui ai alors demandé de retravailler le scénario dans cette direction. Quitte à parler des névroses de Marie Bonaparte, autant y aller franchement ! Catherine était tout à fait partante. Elle trouvait ces questions passionnantes. Et Louis, qui aurait pu remettre son scénario à quelqu'un d'autre, nous a suivis.

Benoît Jacquot, Télé Obs Cinéma

Le contrat sous-jacent que je passe avec mes actrices, c'est d'avoir sur elles le regard qu'on a toujours posé sur elles. Se donner la preuve que la jeunesse ne tient pas à l'âge, voilà ce qui les intéresse. Leur image, c'est leur vie, leur musée et leur commerce. A moi de révéler leur allure, leur charme et leur mystère.


Extraits d'interviews de Heinz Bennent

En réalité, ce sont essentiellement le metteur en scène et Catherine Deneuve qui m'ont aidé à jouer le rôle : Catherine croyait en moi et, au final, c'est elle qui a créé le personnage de Freud. Grâce à sa patience et à sa générosité, elle s'est mis au service du personnage. Ce n'est pas moi en tant que Heinz Bennent qu'elle aidait, mais l'homme illustre que je devais interpréter.

C'était formidable de tourner de nouveau avec elle. Dans "Le dernier métro", nous interprétions un couple formé d'un Juif Allemand metteur en scène de théâtre et de sa femme, comédienne, qui lui sauve la vie. Avec "Princesse Marie", j'interprète de nouveau un Juif, originaire de Vienne, qui doit sa vie, une fois encore, à Marie/Catherine Deneuve ! Vingt-trois ans plus tard, nous nous retrouvions dans une situation humaine comparable, et c'est qui m'a beaucoup intéressé.

Extraits de critiques


Un portrait de femme d'exception, incarnée avec justesse par Catherine Deneuve... Impériale.
Télé 7 jours 2004

Catherine Deneuve incarne avec une rare vérité ce rôle superbe de Marie Bonaparte. La réalisation, sobre et intimiste, accentue l'austérité du sujet de cette fiction, qui ne sacrifie rien à la qualité et à l'exigence.
Télé Star 2004


2003
Couleurs
2 x 90 min
Rôle de Marie Bonaparte

Réalisateur : Benoît Jacquot
Acteurs : Heinz Bennent, Anne Bennent, Isild Le Besco, Elisabeth Orth, Gertraud Jesserer, Christoph Moosbrugger, Dominique Reymond, Didier Flamand, Edith Perret, Christian Vadim
Scénario : Louis Gardel, François-Olivier Rousseau
Photo : Caroline Champetier

DVD disponible le 12 mai 2004.

Résumé : L'amitié de Freud et de Marie Bonaparte, qui l'a aidé à fuir les nazis.

Prix
Grand prix du Meilleur Scénario de Télévision 2003 (FIPA de Biarritz)

Voir le site d'Arte

Bande annonce

Extraits sonores



Photos du tournage

Conférence de presse pour "Marie Bonaparte" à Vienne

Photos du film



Documents associés

France Inter 2004
RTL 2004
Paris Match 2004
Télérama 2004

Sud Ouest TV 2004
Le Figaro 2003
Arte 2004
Site Web d'Arte 2004