Sa carrière / Films / Tristana
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Extraits d'interviews de Catherine Deneuve

Comme le film ["Belle de jour"] a été un succès et que le succès réconcilie toujours, Buñuel m'a invitée à jouer "Tristana" en Espagne. Cela dit, il était déjà vieux, après le tournage il était fatigué. J'avais loué une maison et je l'invitais à dîner. [...] Quand il venait dîner, c'était pour se détendre, boire, plaisanter un peu. En fait, je retiens une phrase de lui. Pendant le tournage, avant les prises, il n'arrêtait pas de me répéter : "Catherine, surtout pas de motivation. No motivation !"

Le tournage de "Tristana" était beaucoup plus heureux et détendu : Buñuel retournait en Espagne pour la première fois depuis des années, ça le rendait plutôt gai. Moi-même, je me sentais plus à l'aise, y compris avec l'histoire, le personnage. Sur ce tournage, tout me semblait beaucoup plus juste par rapport à Buñuel. Et puis quand on tourne loin de Paris, on vit ensemble, on est beaucoup plus proche des gens avec qui on travaille : on est plus disponible, on se voit le soir... A Paris, dès que la journée est finie, chacun rentre chez soi.

Alors là, j'ai eu I'impression de rencontrer Buñuel. Lui, il retrouvait I'Espagne avec émotion. Et quand il filmait Fernando Rey, il regardait vraiment la mort de près. Je m'étais teinte en brune, j'avais accepté de m'enlaidir, et il était très content. On a communiqué énormément, sans se dire beaucoup de choses.
Catherine Deneuve, Source inconnue

"Tristana" est un de mes grands souvenirs. Le tournage s'est très bien passé. Buñuel était revenu en Espagne et j'étais attirée par le mystère de ce personnage féminin, son comportement, ses pulsions. La différence du cinéma avec le roman, c'est qu'on peut dire des choses avec les mots et en exprimer d'autres, en jouant. Dans "Tristana", il y avait eu l'idée du mensonge et du détournement des mots. Les acteurs réagissent mieux quand on leur demande ce qui correspond à leur nature profonde. Voilà ce qui m'intéresse au cinéma. C'est pourquoi j'aurai voulu tourner avec Hitchcock. Cela a failli se faire. Le projet n'a pas abouti. Je l'ai toujours regretté... Buñuel m'a demandé, pour interpréter Tristana, d'adopter une coiffure stricte, châtain foncé, il m'a laissé carte blanche pour l'habillement qui devait être modeste et il m'a demandé de jouer pratiquement sans maquillage sauf en ce qui concerne la fin de l'histoire, où, justement, certains effets dramatiques exigeaient une transformation très accentuée de l'apparence physique du personnage. Je n'étais pas au bout de mes surprises, car lorsque je suis arrivée à l'aéroport de Madrid, Buñuel a commencé par me conduire dans un atelier où j'ai essayé "ma jambe de bois", oui, une superbe jambe de bois fabriquée sur mesure que Tristana, par la force des choses, porte dans une partie de cette histoire qui reste pourtant d'un bout à l'autre une histoire d'amour... Le tournage de "Tristana" a été très euphorique malgré le côté souvent très dramatique du scénario, car l'optique de Buñuel, même lorsqu'il filme une histoire dure, reste celle de l'humour noir... Buñuel est d'une pudeur extrême qui le rend très impatient et désireux d'enregistrer les scènes le plus vite possible : il souffre réellement d'entendre plusieurs fois le même texte, de voir plusieurs fois les mêmes gestes ; c'est pourquoi il demande très peu de répétitions, s'efforce de ne tourner qu'une seule fois chaque plan afin de passer au suivant… Contrairement à ce que l'on peut penser, le plus difficile ne fut pas de jouer la seconde partie du film où Tristana est devenue méchante. Non, la première partie me parut plus complexe ; c'est très difficile de jouer la naïveté... Mais Buñuel est finalement quelqu'un de très simple et qui a horreur de chercher une signification psychologique à ses personnages. Pendant le tournage, il n'arrêtait pas de nous dire avec humour : "Et surtout, pas de psychologie !".
Catherine Deneuve, citée dans le livre de Philippe Barbier et Jacques Moreau 1984

Il y a notamment une phrase de Buñuel à laquelle je pense souvent, pas forcément dans les moments de doute, mais comme ça... C'était dans "Tristana", juste avant de tourner une scène où j'apparaissais au balcon. C'était un gros plan où je devais sourire et Bunuel m'a simplement dit : "Et surtout, pas de psychologie !"

Je me suis doublée moi-même, et là, en me doublant, je me suis aperçue d'une chose : j'ai un débit trop rapide quand je me laisse aller et je devrais me modérer. Aussi, en ce moment, je fais un grand effort sur moi-même pour contrôler le rythme de mes phrases.

Pour "Tristana", film espagnol, moi je tenais mon rôle en français. C'est donc une autre actrice qui parla mon texte en espagnol pour l'Espagne et l'Amérique Latine. Ensuite, pour le spectateur français, je me suis doublée moi-même : j'ai redit, en studio, les mots exacts de mon rôle, pour mieux cadrer avec le ton général de cette version française. Cela, c'est relativement facile et d'usage courant. Mais il est bien plus délicat de se doubler en une langue étrangère ! D'une part, le texte est complètement nouveau ; ensuite, parlant une langue qui n'est pas la vôtre, vous devez arriver au vingtième de seconde près, à être synchrone avec vous-même, avec ce que vous aviez dit dans la langue que vous parliez au tournage. Mais pour "Tristana", il était important pour moi, pour le futur de ma carrière, qu'on entendît, aux Etats-Unis, ma propre voix en anglais.

Les deux personnages dont je me sens le plus proche sont Tristana et Carole, l'héroïne de "Répulsion". A cause de la timidité et d'une certaine solitude. Carole, c'était la folie de quelqu'un qui ne supporte pas d'être laissée seule. Par contre, il m'est impossible de m'identifier à Belle de Jour. C'était amusant à jouer mais c'était impossible de s'identifier. Je vais sans doute décevoir beaucoup de monde...
Catherine Deneuve, citée dans le livre de Françoise Gerber 1981

Ce rôle de femme méchante, aigrie, exténuée, c'était cependant, bouleversant, extraordinaire, mais, en même temps, terriblement fatigant. Le film fini, j'ai mis des semaines à me rétablir, à retrouver mon équilibre. Je n'ai pas assisté à la "première", je ne suis allée ni au théâtre, ni au cinéma pendant pas mal de temps. C'était, très exactement, "pour des raisons de santé". Peut-être est-ce le rôle qui m'aura été le plus lourd, le plus douloureux de tous ceux que j'ai tournés, mais je ne le regrette pas...


"Tristana" a été pour moi une expérience beaucoup plus forte. Dans "Belle de jour", ce qui ressort quand on le voit, c'est son côté glacé, sa débauche, sa perversion. Mais c'est un rôle statique. En revanche, "Tristana", où je joue au début le rôle d'une adolescente, qui devient une jeune femme, puis qui devient une femme acariâtre, aigrie, malade, infirme, c'est évidernrnent un rôle beaucoup plus généreux pour une actrice.

Extraits de critiques

Ce sujet, il semble l'avoir choisi pour offrir un rôle accordé à la nature de Catherine Deneuve, qui, sous ses lisses apparences, sait si bien traduire le trouble qui agite Belle de jour, Manon ou l'héroïne de "Répulsion". La retrouvant, Buñuel savait qu'il tirerait d'elle des accents singuliers. Cette création, à elle seule, fait de Tristana une œuvre hors série.
Nouvelles Littéraires 1970

Elle, Tristana, c'est la jeune fille, belle, pure, sur qui s'abat un implacable destin : orpheline, recueillie par Don Lope, elle devient sa pupille, puis sa maîtresse, puis sa femme. Entre-temps, elle a été amputée d'une jambe. Jamais peut-être, dans aucun film de Bunuel, la fatalité n'avait atteint ce caractère d'atrocité. Face à ce destin, contrairement à son tuteur, elle applique à la lettre les principes de liberté que Don Lope lui a enseignés, arrogante et superbe, elle va jusqu'au bout de ses actes, n'accepte jamais, domine de son froid mépris les situations les plus désespérées. Oh ! Ce sourire glacé de Catherine Deneuve ! Mais surtout, dans les conditions effroyables qui sont les siennes, Tristana a sauvegardé son pouvoir de choisir, et ce choix, c'est le chemin de la liberté...
André Cornand, L'Avant-Scène du Cinéma 1971

1970
Couleurs
1h40
Rôle de Tristana

Réalisateur : Luis Buñuel
Acteurs : Fernando Rey, Franco Nero, Lola Gaos, Jesus Fernandez, Antonio Casa, Sergio Mendizabal
Scénario : Luis Buñuel et Julio Alejandro, d'après le roman de Benito Perez Galdos
Photo : Jose F. Aguayo
Musique :

Résumé : En 1923, Tristana, une orpheline, est recueillie par Don Lope, un notable de Tolède. Il lui enseigne la libre pensée et ils deviennent amants. Tristana qui s'ennuie rencontre un jeune peintre séduisant avec lequel elle s'enfuit. Des années plus tard, Don Lope la recueille avec joie, amputée d'une jambe, et l'épouse. Tristana se déssèche lentement.

Festival de Cannes 1970

Photos du tournage

Photos du film

Photos de la promotion



Documents associés
Le Nouvel Observateur 1983