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| Ses interviews / Presse 1960-79 / Jours de France 1968 |
Repères
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Entre le sable fin de Pampelonne et les gratte-ciel de Manhattan, Catherine Deneuve a passé un 14 juillet parisien, sans fanfares ni feux d'artifice. Elle n'a pas mis le nez dehors. A la veille de son départ pour les U.S.A., elle avait à résoudre "mille et un" problèmes. Ils sont résolus, faut-il croire, puisque Catherine Deneuve est désormais new-yorkaise pour trois semaines : avec pignon sur rue à l'hôtel Sherry Netherland. Après, ce sera Hollywood : jusqu'au 6 octobre. Hollywood : trois syllabes qui font rêver l'humble "doublure" et la figurante anonyme pour peu qu'elles aient accès aux studios de Boulogne ou des Buttes-Chaumont. A vingt-quatre ans, Catherine Deneuve part à la conquête de l'Amérique : avec une conscience très nette des difficultés qui l'attendent. Il s'agit pas d'arriver à Hollywood avec l'intention d'effectuer un tour de piste sans lendemain. L'essentiel est d'y rester ou de faire en sorte qu'on vous prie d'y revenir. De Simone Simon, Michèle Morgan ou Micheline Presle... à Leslie Caron, Zizi Jeanmaire ou Lollobrigida, combien d'Européennes y sont devenues les stars qu'on leur proposait d'être ? Quelques Anglaises, certes, et... Claudia Cardinale, Brigitte Bardot constituant un cas particulier. Être "un cas", peu m'importe. Hollywood fait appel à moi, je ne veux pas que ce soit pour la première et dernière fois. Catherine Deneuve atterrit aux Etats-Unis en position de force : neuf films à son actif depuis ce mois d'août 1963 où, en ouvrant "Les parapluies de Cherbourg", elle attira sur ses cheveux blonds des orages d'or. Succès d'argent - tels "La vie de château", "Belle de jour", "Benjamin"... - ou succès d'estime ("Répulsion", l'audacieux exercice de style de Polanski), ces uvres ont bénéficié pour la plupart d'excellentes critiques, surtout en ce qui concernait Catherine. "Deux catégories d'actrices m'intéressent, déclare Zanuck, le magnat de la Fox : celles qui remplissent les salles et celles qui peuvent les remplir". Pour les producteurs, c'est un critère absolu. D'après des statistiques récentes (reflets exacts des recettes pour la métropole et des ventes à l'étranger), notre box-office féminin s'établit ainsi, compte tenu du phénomène psychologique (ou social), que constituent certaines têtes d'affiche. Numéro 1 : Brigitte Bardot, qui conserve intact son pouvoir d'attraction sur les foules, en dépit de super-productions semi-rentables, du genre "A Cur Joie". Ex aequo, à la deuxième place : Catherine Deneuve et Michèle Mercier. En quatrième position, la plus complète de nos comédiennes : Jeanne Moreau. Numéro 5 : Mireille Darc. Traduit en langage "chiffré", ce classement signifie que B.B. perçoit 250 millions d'A.F. pour un western entièrement financé par les Américains : "Shalaco", qui lui offre Sean Connery pour partenaire. (Française d'adoption, une Jane Fonda jouit évidemment de tous les privilèges d'une actrice mondialement appréciée.) Quant à Catherine Deneuve, désormais placée sur l'orbite californienne, ses cachets passent du barème franco-européen au stade des gros salaires d'Hollywood. Ses atouts : "La chamade", "Mayerling" et "Poisson d'avril" ["Folies d'avril"] pour ce mois d'août. En d'autres termes, c'est une star. Une star que nous avons interviewée dans son appartement du Trocadéro, au septième étage d'un immeuble moderne. Celui que Vadim loua pour eux en janvier 1963, et où elle vit avec leur fils Christian : 5 ans, des cheveux bouclés, un visage d'ange pour crèches de Noël. Des plantes vertes, des meubles qui témoignent davantage d'une recherche du confort que du souci d'épater le visiteur, une photo géante de Françoise Dorléac, sa sur décédée voici quatorze mois... ce logis a le charme de ceux qui nous renseignent sur la propriétaire qui les habite. Le film que vous allez interpréter
avec Jack Lemmon, une des vedettes les plus populaires du moment, s'intitule
"Poisson d'avril". Si l'on se réfère au titre,
il doit s'agir d'une comédie, Catherine Deneuve ? Cette technique n'est pas nouvelle
? "Poisson d'avril"
se terminera à Hollywood quand "La chamade", cet automne,
sortira à Paris. Que vous a apporté ce film d'Alain Cavalier
? "Mayerling", dans
la version de Terence Young, est également attendu comme l'événement
de la rentrée. Avez-vous vu le premier "Mayerling" :
celui d'Anatole Litvak, qui remonte à 1936, et dans lequel Danielle
Darrieux, à un âge où vous n'étiez pas née,
fut, au côté de Charles Boyer cette Marie Vetsera que vous
incarnez auprès d'Omar Shariff ? Pour quelles raisons ? On parle d'un budget aussi lourd
que celui de "Docteur Jivago". Vous avez beaucoup travaillé
votre rôle ? On a annoncé, vers la
mi-juin, que vous tourneriez un film avec El Cordobès, le monstre
sacré de la tauromachie ? Vous dites Dave Bailey. Naguère
encore, vous disiez Dave. Doit-on en conclure que vous ne vous considérez
plus comme Mrs Bailey ; que la procédure de divorce que vous avez
entamée, d'un commun accord, est irrémédiable ? Donc, si c'est le divorce, ce ne sera pas la séparation. Tout nous porte à penser que, pour Catherine, le but essentiel soit de trouver ce temps de vivre : en élevant Christian, ce fils qui lui rappelle sans cesse combien Vadim a compté dans son existence. Mais Deneuve est une star. Autant elle a lutté pour le devenir, autant elle se battra pour le rester, certes, mais aussi pour garder les coudées franches. C'est à l'instant même où j'accédais à la richesse que je me suis sentie la plus pauvre, avoue-t-elle, l'excès de travail étant incompatible avec la volonté d'être soi-même. Elle a opposé un "non" catégorique à trois propositions de films pour l'année 1969 : Les contrats signés longtemps à l'avance, cela m'angoisse. Je suis pour la liberté que procure l'argent, mais contre ses servitudes. A aucun prix, Catherine ne sera prisonnière de Deneuve. A son retour d'Hollywood, elle s'accordera de "gentilles vacances" : presque trois semaines, pour explorer - au volant de sa Morgan noire, immatriculée à Londres - l'Ile-de-France jusqu'en ses plus secrets endroits. Elle y cherchera "la maison qui la séduira sans restriction et qu'elle doit absolument trouver". Sera-t-elle disponible ? Ces vingt jours écoulés, Catherine, elle, ne le sera plus. Elle aura rendez-vous avec François Truffaut : pour tourner en Provence et en Corse "La sirène du Mississippi". Son partenaire : Belmondo. Etre une star suffisamment forte
pour échapper au star-system : voilà le dilemme de Deneuve.
C'est à ce prix que la petite fleur bleue, cueillie jadis par Vadim,
sera peut-être demain l'étoile la plus brillante du cinéma
français. |
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