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| Les jeux de l'instinct et du hasard |
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Le désir de jouer, il
vient d'où ?
Ah, mais je n'ai jamais eu le désir de jouer. Quand j'étais
petite, j'étais timide, j'avais horreur des bals costumés,
c'était un drame les fêtes de fin d'année, je détestais
ça. Rien ne me déprime autant que les bals costumés,
vous ne verrez jamais une photo de moi avec un déguisement. J'aime
que ça se passe dans un contexte romanesque, avec une histoire
réaliste. Il faut que le monde soit recréé et que
ce soit un jeu sérieux.
Qu'est-ce qui vous intéresse
dans le jeu ? Composer un personnage ou y mettre quelque chose de vous
?
Se dédoubler, raconter des histoires
Evidemment, il y a des
choses de moi, mais jouer, pour moi, c'est quand même un façon
de se présenter toujours avec des habits différents, comme
des poupées qu'on habille. C'est un jeu enfantin par certains côtés.
Ca me fait rêver, et surtout vivre des choses que je ne vivrais
jamais.
Jouer, c'est agréable
uniquement ou est-ce qu'il y a autre chose ?
C'est une souffrance aussi : la peur, le trac
Plus ça va
plus j'ai le trac. On ne peut pas avoir du bonheur en tournant, on n'est
pas là pour ça. Pourtant, je ne suis pas protestante !
Il y a des acteurs qui ont un
plaisir physique à jouer.
Le tournage, c'est un jeu sérieux. Le plaisir, c'est après,
aux rushes, la confrontation entre ce qu'on a pensé et ce qu'on
voit. Avant, je ne pense pas tellement au public, mais là, je suis
la première spectatrice du film, et après je vais voir les
films en salle avec le public.
Et vous voir, vous aimez ça
?
Dans le film fini, pas tellement : le film ne m'appartient plus, je ne
peux plus rien faire pour améliorer et je ne vois que ce que j'aurais
pu faire différemment. Ce que j'aime, c'est aller aux rushes, parce
que là, j'ai encore du pouvoir pour changer les choses, modifier,
et j'apprends à connaître les gens, les techniciens, mes
partenaires. Au tournage, on est complètement pris par l'aspect
technique des choses. Aux rushes, je me dédouble complètement.
Il n'y a aucune identification, c'est quelqu'un d'autre que je regarde
et que je juge, ce n'est plus moi. C'est à la limite de la schizophrénie.
Par contre, les jeunes acteurs avec qui je joue sur le film d'Elie Chouraqui,
Richard Anconina et Christophe Lambert, ne peuvent pas se voir tellement
ils sont angoissés. Et je suis étonnée qu'ils puissent
continuer à avancer dans le film sans se voir.
Et vous, vous avez peur ?
Oui. Plus ça va et pire c'est. Quand vous avez fait un certain
nombre de films, on voit bien sur le plateau et dans le regard des gens
que vous représentez un poids d'expérience. On me connaît,
j'ai un passé, et on attend certaines choses de moi. Il faut que
j'arrive à donner au moins ce qu'on attend de moi, et en plus surprendre,
étonner les gens, et me surprendre moi. Plus vous êtes connue,
moins on vous remet en question, vous êtes une sorte d'institution.
Si ce n'est pas moi qui me remets en question et qui me bouscule parce
que j'ai peur, les gens me prennent pour ce que je suis, on vous met sur
la commode et c'est dangereux. Etre acteur, c'est une chose, être
une vedette, c'en est encore une autre. C'est vraiment encore une chappe
qui vous tombe sur les épaules. Qu'on peut oublier, qu'on peut
essayer de mettre de côté
Qu'est-ce que ça change
?
Ca vous immobilise. On n'y pense pas tout le temps pour justement bousculer
les choses, mais ça vous fige. Alors on ne se rend plus compte,
on parle, on pontifie. Il faut vraiment faire attention à ça.
Parce que les gens ont besoin de figures, quand même
C'est
difficile de garder une espèce d'ingénuité. C'est
le danger de se dire un jour : " Eh bien voilà : ça
y est, c'est fini, c'est mon image ". Bien sûr, ça plaît,
mais il y a quelque chose d'arrêté.
Votre carrière, vous
la menez de façon consciente et rationnelle ?
Je me définis plus par ce que je ne veux pas faire. Je suis tellement
attirée par les hasards, les rencontres, la grâce des choses
que j'ai toujours envie que les choses viennent à moi. Pas comme
une actrice gâtée, mais j'ai eu très jeune des rencontres
imprévues avec des metteurs en scène importants, Demy, Polanski,
Buñuel, Truffaut, je n'ai jamais eu à lutter, à chercher
des rôles, donc je suis portée à croire que c'est
ça qui me convient et que je dois continuer comme ça.
Vous n'avez pas eu de stratégie
?
Non, peut-être parce que mon instinct me pousse à agir pour
mon intérêt. Je suis frappée de voir la volonté,
l'acharnement des jeunes comédiennes, leur intelligence professionnelle,
leur lucidité sur leur carrière. J'étais maladroite,
empotée, quand j'avais vingt ans. J'ai beaucoup flotté et
je me suis laissé porter par les événements, j'ai
fait des erreurs, mais pas dramatiques. Une carrière, c'est toujours
un bilan, c'est après qu'on peut dire ce qu'il en a été.
Et ce métier ne représentera jamais plus de 50 % de ma vie,
ce n'est pas une décision, c'est dans ma nature. La vie m'intéresse
plus que mon travail. Il est évident que si je n'étais pas
actrice, la vie m'intéresserait sans doute moins. Mais je refuse
l'idée d'être prise à plus de 50 %. Je suis contente
d'aller tourner le matin, mais je suis toujours contente de rentrer le
soir.
Travailler à l'étranger
avec Robert Aldrich ou Tony Scott, c'est un hasard ? La volonté
de changer de monde ?
Il y a beaucoup de hasard. Et il y a toujours le fait de tourner un film
en langue anglaise en se disant que c'est une ouverture pour un acteur.
C'est toujours agréable qu'on vous propose un scénario en
anglais, parce qu'on a l'impression d'échapper à un cinéma
qui ne va quand même pas très loin à l'étranger,
c'est l'envie d'envoyer des lettres un peu plus loin. Les films sont des
messages, des bouteilles à la mer. Mais les bouteilles vont plus
loin avec les films de langue anglaise.
Et le théâtre,
c'est quelque chose qui vous tente ?
Ah jamais ! J'ai souffert dans les scènes de théâtre
du "Dernier métro" comme j'ai rarement souffert.
C'est le style théâtral,
par rapport au naturel que vous recherchez, qui vous fait souffrir ?
Oui, et puis l'idée d'être jugée physiquement par
les gens. Je me sens comme au procès, là. A chaque fois
que je dois aller sur scène pour présenter ou recevoir quelque
chose, c'est une souffrance abominable, physiquement abominable. C'est
comme la télévision en direct, il me faut un quart d'heure
pour m'installer. Avant je suis malade. A l'idée d'être en
direct devant les gens. C'est une chose épouvantable. Ce que j'aime
au cinéma, c'est savoir qu'on peut recommencer, qu'on peut se tromper.
Qu'on est dans un monde et peu
fermé et protégé, loin du public ?
Oui. C'est pas seulement loin du public, parce que pour moi les films
c'est vraiment fait pour le public, mais le public, c'est après,
je ne veux pas y être confrontée.
On ne doit pas être jugé
au moment de faire le travail ?
Voilà. Je ne veux pas être jugée sur le moment, je
veux avoir le droit à l'erreur.
Seulement être jugée
sur le résultat.
Oui. Ca ne me provoque aucune excitation, le fait que tout se passerait
dans l'instant. Sauf à la télévision. Parce que c'est
vrai que ça a un pouvoir. Mais pour dire des choses personnelles,
pas pour jouer. Je suis assez trouillarde, il faut dire, assez physiquement
trouillarde.
Mais c'est de l'émotivité
?
Oui. Et l'impression que je ne contrôle plus rien et que tout m'échappe.
Alors je me force à faire des choses que j'ai l'impression de ne
pas savoir faire, je me mets dans des situations épouvantables,
et après je suis contente si j'ai réussi. Comme de faire
des télévisions en Amérique ou en Angleterre en direct,
on est content d'avoir dépassé sa peur. C'est comme un enfant
Il y quelque chose de très physique. A chaque fois, je crois que
ma peur va diminuer, que je vais arriver à la domestiquer et à
la dépasser. Et bien non, je ne suis pas du tout à l'abri.
C'est vrai que parfois c'est moindre, mais d'autres fois c'est terrible.
J'essaie de me prouver quelque chose, d'arriver à dominer ma crainte.
Et il y a le service après-vente.
Ce sont les acteurs qui sont mis en avant à ce moment-là.
En même temps, je trouve que c'est absolument indispensable aujourd'hui
pour un acteur de faire ça, étant donné le nombre
de choses qui sortent et la brièveté des carrières
des films. Un film s'exploite tellement vite qu'on est obligé de
faire ça. Quand je dis obligé, c'est que c'est une responsabilité.
Là, le problème est très aigu, parce qu'on ne peut
pas tout faire et il ne faut pas tout faire. Il faut faire les choses
auxquelles on croit, dire ce qu'on pense, et en même temps, il y
a une donne qui est faussée au départ puisqu'on sait qu'on
vient pour vendre quelque chose.
Est-ce qu'à ce moment
là vous pensez à vos apparitions à la télévision,
à ne pas trop vous montrer ?
Je me dis simplement : les gens vont me voir au cinéma, il ne faut
pas qu'ils me voient trop à la télé. C'est un moyen
très puissant et très dangereux pour un acteur de cinéma.
Mais si on se montre à la télé, il faut alors bien
réfléchir : comment le faire, pas platement, trouver un
moyen, une mise en scène personnelle qui sorte de l'ordinaire.
Quand Delon s'empoigne avec Christine Ockrent, il y a de l'actualité,
c'est vivant, ça ressemble vraiment à de la télé.
Et tourner avec Delon, justement,
c'était comment ? Parce que dans "Le choc" il fonctionne
sur une image de lui qui est très figée et stéréotypée.
Je regrette énormément, parce que j'aurais aimé vraiment
jouer avec lui autrement, on ne s'est pas rencontrés sur ce film.
J'ai eu un peu l'impression de m'être fait posséder, j'ai
essayé de faire marche arrière et je n'ai pas pu. Je le
regrette, parce que je crois que c'est un couple qui aurait pu marcher
mais c'est pas l'histoire qu'on aurait dû tourner. Je trouve que
Delon est un acteur extrêmement intéressant, c'est assez
formidable ce qu'il fait dans "Notre histoire". Il a un grain
de folie.
Est-ce que vous choisissez vos
rôles en fonction de l'image que l'on a de vous ? Le côté
double, hitchcockien ?
Ah, Hitchcock, c'est vrai que c'est un grand regret. Mais oui ça
c'est instinctif, tout dépend si ça sert l'histoire
Parce qu'il y a un cliché
qui veut de parler de vous en termes de dualité, de feu sous la
glace, etc
, mais c'est vrai que vos plus grands rôles, chez
Buñuel ou Truffaut, sont ceux où le metteur en scène
a constamment joué là-dessus, ou en a même rajouté
sur le déguisement, comme Hugo Santiago dans "Ecoute voir".
Absolument. Pour "Ecoute voir", j'avais été emballée
par le scénario, j'ai beaucoup d'admiration pour Hugo, mais il
aurait fallu quelque chose qui le pousse vers plus de réalisme.
Il y avait trop de second degré, on regardait ça un peu
comme dans un miroir. Le personnage que j'interprétais n'était
pas assez charnel.
Est-ce qu'il y a des rôles
qu'on ne vous propose pas, et que vous aimeriez jouer ?
J'ai une attirance pour les choses que je ne peux a priori pas faire,
des personnages simples et populaires
Par exemple, j'avais été
bouleversée en lisant "L'honneur perdu de Katharina Blum".
Ce n'est pas moi, mais j'aurais aimé jouer ce personnage qui m'avait
émue.
Est-ce qu'il y a des choses
que vous ne voulez absolument pas faire ?
Ca ne me gênerait pas de jouer quelqu'un de bête, mais ça
me gênerait de jouer quelqu'un d'antipathique, un personnage pour
lequel je n'éprouverais pas de sympathie
Vous accepteriez de vous enlaidir,
de vous vieillir ou de vous transformer physiquement pour un rôle
?
Non. Les gens qui m'aiment bien m'aiment pour mon physique et ceux qui
ne m'aiment pas, c'est pour la même raison. Je n'accepterais pas
parce que je ne trouverais pas à travers ça quelque chose
qui m'aurait manqué dans ma carrière. Je n'ai pas envie
de prouver à n'importe quel prix que j'ai du talent, même
si on dit que les actrices qui sont jolies veulent être aimés
pour leur talent et leur intelligence. Je suis admirative de voir De Niro
dans "Raging Bull", même si ça me semble une folie.
Mais ce qui m'a épaté, c'est ce qu'il fait dans le film,
pas qu'il ait pris trente kilos.
Comment abordez-vous un rôle
? Est-ce que vous préparez beaucoup avant, en réfléchissant
aux motivations du personnage, etc. ?
Non, je suis une femme de terrain et d'instinct, et je ne travaille qu'avec
des gens que je connais bien. J'ai besoin d'avoir une relation de confiance,
vraiment amicale avec le metteur en scène. Et j'ai besoin d'être
poussée, il faut qu'il me pousse dans la bonne direction et m'aide
à aller plus haut, un ton au-dessus, parce que j'ai tendance à
jouer un cran en dessous.
Qu'est-ce que vous appelez un
cran en dessous ?
Dans la vie, par goût, je trouve que moins on en dit, mieux c'est
C'est vrai que je ne prépare pas mon rôle à l'avance.
Par contre, je lis et relis le scénario, pour m'imprégner
de sa logique, de sa construction, pour retrouver la chronologie. Je suis
toujours frappée que, même si on a tourné dans le
désordre, le film une fois monté arrive à recréer
cette unité temporelle. C'est pour ça que je relis toujours
ce qu'on a fait avant pour retrouver le ton, l'humeur, l'état de
la scène précédente. Et pour ne pas oublier le personnage.
Parce qu'il y a ce risque d'être emportée par l'humeur du
tournage, l'émotion du moment, et d'oublier la ligne directrice
du personnage. Plus ça va, plus je cherche la simplicité,
pas les effets. Sur la longueur, ce qui reste, ce sont des choses fulgurantes,
une trajectoire, une ligne qui doit être la plus pure et la plus
nette possible. Je ne suis pas pour jouer les scènes. Je suis pour
jouer les personnages. Donc, toujours relire ce qu'on a fait avant pour
garder une continuité, une tendance qui va se creuser et s'approfondir
au lieu de s'éparpiller dans le désordre du tournage des
scènes.
Vous refusez de vous laisser
emporter dans l'instant présent ?
Ah oui, par volonté de ne pas me laisser emporter dans le tourbillon.
C'est le danger, pour les acteurs, d'être victimes de leurs émotions,
qui noient souvent le personnage. Il ne faut pas se laisser aller au piège
de la séduction, ça enlève l'esprit critique.
C'est presque paradoxal, parce
que vous dites que vous êtes instinctive, et en même temps
il y a une grande volonté de maîtrise.
Oui, mais je vous parle de manière idéalisée, je
sais que je ne suis pas capable de la faire tous les jours. Mais j'ai
toujours ça à l'intérieur de ma tête.
Le ton juste, vous le trouvez
comment ? Il vient des déplacements et des mouvements, au tournage
?
Je ne suis pas très maniaque, je sens les choses vraiment sur place.
Et puis je peux sentir des choses par moments, pour certaines scènes,
et après, avoir des reculs, des refus, des pertes de vitesse. Mais
je comprends que des acteurs aient besoin de repères précis
ou de passer par des détails techniques, physiques. Certains sont
très maniaques sur les costumes. Ils ne peuvent pas construire
leur personnage s'ils n'ont pas le costume juste. Je n'ai pas besoin de
ça. Mais je ne peux pas avoir l'idée du personnage du début
à la fin, parce que le personnage du scénario n'est pas
vraiment le même que celui du film. Il doit vous échapper
à un moment. Aussi parce que c'est un travail collectif que plus
personne ne contrôle vraiment. Ce n'est pas l'idée de s'abandonner,
mais plutôt de se moduler à l'ambiance du tournage, aux personnalités
du metteur en scène et de vos partenaires. Ce ne sont pas des choses
qu'on peut fixer à l'avance.
Est-ce que vous vous intéressez
au travail de l'opérateur ? Vous parlez avec lui de la manière
dont vous serez cadrée et éclairée ?
Je m'intéresse beaucoup au cadrage. Parce que c'est très
important, dans les plans fixes, de savoir si on va avoir les mains dans
le cadre. C'est comme en peinture, les mains c'est ce qu'il y a de plus
dur à représenter. Et dans un plan fixe, c'est cette partie
du corps qui est la plus difficile à faire vivre. C'est très
difficile de faire vivre son corps immobile. Et je m'intéresse
au son, parce que ça représente 30 % de l'image. J'ai appris
ça avec Truffaut. Ca m'arrive souvent de demander à écouter
une prise avant de la refaire. J'ai un débit très rapide,
et le drame, c'est quand on doit faire du doublage. Là, c'est la
catastrophe, parfois je n'arrive pas à me doubler tellement j'ai
parlé vite. Truffaut avait une théorie sur mon débit
de voix, qui était aussi celui de ma sur Françoise
: l'idée qu'on était d'une famille nombreuse (nous étions
quatre filles), et qu'il y avait une telle concurrence pour placer un
mot dans les conversations familiales qu'il y avait eu une accélération.
C'est important pour les rôles
de comédie, ça.
Oui, parce que la comédie c'est très musical. Quelqu'un
qui sait très bien faire ça, c'est Jean-Paul Rappeneau.
Il a un sens de la mesure à l'intérieur d'une scène,
les temps prennent une importance. Parce qu'il peut y avoir une bonne
scène, mais si le rythme n'y est pas, c'est fini.
Et vous, vous avez le sens de
cette musicalité ?
Je crois que j'ai l'oreille assez musicale. Enfin, je n'ai pas l'oreille
absolue
Mais je suis très sensible à ça. Quand
on tourne, pas seulement une comédie, je sens bien les rythmes
dans une scène. C'est pas seulement raccourcir les choses en accélérant,
elles prennent un autre sens. Parfois, il y a des acteurs qui prennent
leur temps pour se dire les choses, et ça fond, tout fond. C'est
plutôt dans ce sens là que ça s'abîme. C'est
rarement quand on contracte, c'est souvent quand on prend des temps trop
longs.
Vous avez travaillé avec
Demy justement. Pouvez-vous nous parler de votre collaboration ?
Ah, j'ai beaucoup appris avec lui. La discipline la plus incroyable qu'on
puisse avoir, c'est de faire un film qu'on connaît par cur
avant d'avoir commencé à tourner. "Les parapluies",
c'est un film que je connais encore pratiquement par cur. De l'avoir
appris avant de tourner et d'avoir été contrainte de trouver
des mouvements, des gestes, des déplacements
Après,
quand on a tourné "Les demoiselles", ça a été
beaucoup plus facile. On tournait avec un chronomètre puisque toute
la musique était écrite avant. Ca m'a semblé une
contrainte, mais une contrainte vraiment amusante, comme un piège
qu'il fallait déjouer.
C'était comme jouer une
partition ?
Oui, jouer une partition, mais non seulement il fallait chanter en play-back,
mais il fallait trouver des choses, des déplacements et des gestes
naturels comme mettre des assiettes, à l'intérieur d'un
nombre de secondes déterminé. Techniquement, c'était
vraiment amusant, c'était diabolique, mais comme un jeu, un jeu
vraiment difficile. C'était un tournage extraordinaire, vraiment,
c'est un souvenir inoubliable, "Les parapluies". C'est une discipline
qui m'a vraiment marquée. Et non seulement Demy me l'a fait faire,
mais il expliquait beaucoup, et très bien. C'est pour ça
que quels que soient ses sentiments à mon égard, je lui
garderai toujours une très grande reconnaissance. C'est une expérience
que je n'aurai jamais plus.
Est-ce qu'il y a un moment où
le problème de l'âge se pose, dans le choix des rôles
?
Pour l'instant, ça ne se pose pas, mais ça se posera sûrement.
Le cinéma, comme disait François, c'est pas la vie, donc
vous pouvez très bien tricher sur certaines choses, et comme je
n'ai pas envie d'arrêter de faire du cinéma, j'essaierai
de prolonger le plus possible une certaine période avant de tomber
dans un autre registre que je ne sens pas du tout actuellement. C'est
vrai que dans la vie, je suis mère d'un fils de vingt ans, mais
je n'ai pas tellement envie de jouer ça au cinéma ! Pas
par coquetterie, mais parce que je pense que j'ai encore le temps au cinéma
de faire tout ça, je veux gagner du temps. Parce qu'il y a encore
d'autres choses que j'ai envie de faire.

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