Ses interviews / Presse 1980-89 / Les Cahiers du Cinéma 1984
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Les jeux de l'instinct et du hasard

Le désir de jouer, il vient d'où ?
Ah, mais je n'ai jamais eu le désir de jouer. Quand j'étais petite, j'étais timide, j'avais horreur des bals costumés, c'était un drame les fêtes de fin d'année, je détestais ça. Rien ne me déprime autant que les bals costumés, vous ne verrez jamais une photo de moi avec un déguisement. J'aime que ça se passe dans un contexte romanesque, avec une histoire réaliste. Il faut que le monde soit recréé et que ce soit un jeu sérieux.

Qu'est-ce qui vous intéresse dans le jeu ? Composer un personnage ou y mettre quelque chose de vous ?
Se dédoubler, raconter des histoires… Evidemment, il y a des choses de moi, mais jouer, pour moi, c'est quand même un façon de se présenter toujours avec des habits différents, comme des poupées qu'on habille. C'est un jeu enfantin par certains côtés. Ca me fait rêver, et surtout vivre des choses que je ne vivrais jamais.

Jouer, c'est agréable uniquement ou est-ce qu'il y a autre chose ?
C'est une souffrance aussi : la peur, le trac… Plus ça va plus j'ai le trac. On ne peut pas avoir du bonheur en tournant, on n'est pas là pour ça. Pourtant, je ne suis pas protestante !

Il y a des acteurs qui ont un plaisir physique à jouer.
Le tournage, c'est un jeu sérieux. Le plaisir, c'est après, aux rushes, la confrontation entre ce qu'on a pensé et ce qu'on voit. Avant, je ne pense pas tellement au public, mais là, je suis la première spectatrice du film, et après je vais voir les films en salle avec le public.

Et vous voir, vous aimez ça ?
Dans le film fini, pas tellement : le film ne m'appartient plus, je ne peux plus rien faire pour améliorer et je ne vois que ce que j'aurais pu faire différemment. Ce que j'aime, c'est aller aux rushes, parce que là, j'ai encore du pouvoir pour changer les choses, modifier, et j'apprends à connaître les gens, les techniciens, mes partenaires. Au tournage, on est complètement pris par l'aspect technique des choses. Aux rushes, je me dédouble complètement. Il n'y a aucune identification, c'est quelqu'un d'autre que je regarde et que je juge, ce n'est plus moi. C'est à la limite de la schizophrénie. Par contre, les jeunes acteurs avec qui je joue sur le film d'Elie Chouraqui, Richard Anconina et Christophe Lambert, ne peuvent pas se voir tellement ils sont angoissés. Et je suis étonnée qu'ils puissent continuer à avancer dans le film sans se voir.

Et vous, vous avez peur ?
Oui. Plus ça va et pire c'est. Quand vous avez fait un certain nombre de films, on voit bien sur le plateau et dans le regard des gens que vous représentez un poids d'expérience. On me connaît, j'ai un passé, et on attend certaines choses de moi. Il faut que j'arrive à donner au moins ce qu'on attend de moi, et en plus surprendre, étonner les gens, et me surprendre moi. Plus vous êtes connue, moins on vous remet en question, vous êtes une sorte d'institution. Si ce n'est pas moi qui me remets en question et qui me bouscule parce que j'ai peur, les gens me prennent pour ce que je suis, on vous met sur la commode et c'est dangereux. Etre acteur, c'est une chose, être une vedette, c'en est encore une autre. C'est vraiment encore une chappe qui vous tombe sur les épaules. Qu'on peut oublier, qu'on peut essayer de mettre de côté…

Qu'est-ce que ça change ?
Ca vous immobilise. On n'y pense pas tout le temps pour justement bousculer les choses, mais ça vous fige. Alors on ne se rend plus compte, on parle, on pontifie. Il faut vraiment faire attention à ça. Parce que les gens ont besoin de figures, quand même…C'est difficile de garder une espèce d'ingénuité. C'est le danger de se dire un jour : " Eh bien voilà : ça y est, c'est fini, c'est mon image ". Bien sûr, ça plaît, mais il y a quelque chose d'arrêté.

Votre carrière, vous la menez de façon consciente et rationnelle ?
Je me définis plus par ce que je ne veux pas faire. Je suis tellement attirée par les hasards, les rencontres, la grâce des choses que j'ai toujours envie que les choses viennent à moi. Pas comme une actrice gâtée, mais j'ai eu très jeune des rencontres imprévues avec des metteurs en scène importants, Demy, Polanski, Buñuel, Truffaut, je n'ai jamais eu à lutter, à chercher des rôles, donc je suis portée à croire que c'est ça qui me convient et que je dois continuer comme ça.

Vous n'avez pas eu de stratégie ?
Non, peut-être parce que mon instinct me pousse à agir pour mon intérêt. Je suis frappée de voir la volonté, l'acharnement des jeunes comédiennes, leur intelligence professionnelle, leur lucidité sur leur carrière. J'étais maladroite, empotée, quand j'avais vingt ans. J'ai beaucoup flotté et je me suis laissé porter par les événements, j'ai fait des erreurs, mais pas dramatiques. Une carrière, c'est toujours un bilan, c'est après qu'on peut dire ce qu'il en a été. Et ce métier ne représentera jamais plus de 50 % de ma vie, ce n'est pas une décision, c'est dans ma nature. La vie m'intéresse plus que mon travail. Il est évident que si je n'étais pas actrice, la vie m'intéresserait sans doute moins. Mais je refuse l'idée d'être prise à plus de 50 %. Je suis contente d'aller tourner le matin, mais je suis toujours contente de rentrer le soir.

Travailler à l'étranger avec Robert Aldrich ou Tony Scott, c'est un hasard ? La volonté de changer de monde ?
Il y a beaucoup de hasard. Et il y a toujours le fait de tourner un film en langue anglaise en se disant que c'est une ouverture pour un acteur. C'est toujours agréable qu'on vous propose un scénario en anglais, parce qu'on a l'impression d'échapper à un cinéma qui ne va quand même pas très loin à l'étranger, c'est l'envie d'envoyer des lettres un peu plus loin. Les films sont des messages, des bouteilles à la mer. Mais les bouteilles vont plus loin avec les films de langue anglaise.

Et le théâtre, c'est quelque chose qui vous tente ?
Ah jamais ! J'ai souffert dans les scènes de théâtre du "Dernier métro" comme j'ai rarement souffert.

C'est le style théâtral, par rapport au naturel que vous recherchez, qui vous fait souffrir ?
Oui, et puis l'idée d'être jugée physiquement par les gens. Je me sens comme au procès, là. A chaque fois que je dois aller sur scène pour présenter ou recevoir quelque chose, c'est une souffrance abominable, physiquement abominable. C'est comme la télévision en direct, il me faut un quart d'heure pour m'installer. Avant je suis malade. A l'idée d'être en direct devant les gens. C'est une chose épouvantable. Ce que j'aime au cinéma, c'est savoir qu'on peut recommencer, qu'on peut se tromper.

Qu'on est dans un monde et peu fermé et protégé, loin du public ?
Oui. C'est pas seulement loin du public, parce que pour moi les films c'est vraiment fait pour le public, mais le public, c'est après, je ne veux pas y être confrontée.

On ne doit pas être jugé au moment de faire le travail ?
Voilà. Je ne veux pas être jugée sur le moment, je veux avoir le droit à l'erreur.

Seulement être jugée sur le résultat.
Oui. Ca ne me provoque aucune excitation, le fait que tout se passerait dans l'instant. Sauf à la télévision. Parce que c'est vrai que ça a un pouvoir. Mais pour dire des choses personnelles, pas pour jouer. Je suis assez trouillarde, il faut dire, assez physiquement trouillarde.

Mais c'est de l'émotivité ?
Oui. Et l'impression que je ne contrôle plus rien et que tout m'échappe. Alors je me force à faire des choses que j'ai l'impression de ne pas savoir faire, je me mets dans des situations épouvantables, et après je suis contente si j'ai réussi. Comme de faire des télévisions en Amérique ou en Angleterre en direct, on est content d'avoir dépassé sa peur. C'est comme un enfant… Il y quelque chose de très physique. A chaque fois, je crois que ma peur va diminuer, que je vais arriver à la domestiquer et à la dépasser. Et bien non, je ne suis pas du tout à l'abri. C'est vrai que parfois c'est moindre, mais d'autres fois c'est terrible. J'essaie de me prouver quelque chose, d'arriver à dominer ma crainte.

Et il y a le service après-vente. Ce sont les acteurs qui sont mis en avant à ce moment-là.
En même temps, je trouve que c'est absolument indispensable aujourd'hui pour un acteur de faire ça, étant donné le nombre de choses qui sortent et la brièveté des carrières des films. Un film s'exploite tellement vite qu'on est obligé de faire ça. Quand je dis obligé, c'est que c'est une responsabilité. Là, le problème est très aigu, parce qu'on ne peut pas tout faire et il ne faut pas tout faire. Il faut faire les choses auxquelles on croit, dire ce qu'on pense, et en même temps, il y a une donne qui est faussée au départ puisqu'on sait qu'on vient pour vendre quelque chose.

Est-ce qu'à ce moment là vous pensez à vos apparitions à la télévision, à ne pas trop vous montrer ?
Je me dis simplement : les gens vont me voir au cinéma, il ne faut pas qu'ils me voient trop à la télé. C'est un moyen très puissant et très dangereux pour un acteur de cinéma. Mais si on se montre à la télé, il faut alors bien réfléchir : comment le faire, pas platement, trouver un moyen, une mise en scène personnelle qui sorte de l'ordinaire. Quand Delon s'empoigne avec Christine Ockrent, il y a de l'actualité, c'est vivant, ça ressemble vraiment à de la télé.

Et tourner avec Delon, justement, c'était comment ? Parce que dans "Le choc" il fonctionne sur une image de lui qui est très figée et stéréotypée.
Je regrette énormément, parce que j'aurais aimé vraiment jouer avec lui autrement, on ne s'est pas rencontrés sur ce film. J'ai eu un peu l'impression de m'être fait posséder, j'ai essayé de faire marche arrière et je n'ai pas pu. Je le regrette, parce que je crois que c'est un couple qui aurait pu marcher mais c'est pas l'histoire qu'on aurait dû tourner. Je trouve que Delon est un acteur extrêmement intéressant, c'est assez formidable ce qu'il fait dans "Notre histoire". Il a un grain de folie.

Est-ce que vous choisissez vos rôles en fonction de l'image que l'on a de vous ? Le côté double, hitchcockien ?
Ah, Hitchcock, c'est vrai que c'est un grand regret. Mais oui ça c'est instinctif, tout dépend si ça sert l'histoire…

Parce qu'il y a un cliché qui veut de parler de vous en termes de dualité, de feu sous la glace, etc…, mais c'est vrai que vos plus grands rôles, chez Buñuel ou Truffaut, sont ceux où le metteur en scène a constamment joué là-dessus, ou en a même rajouté sur le déguisement, comme Hugo Santiago dans "Ecoute voir".
Absolument. Pour "Ecoute voir", j'avais été emballée par le scénario, j'ai beaucoup d'admiration pour Hugo, mais il aurait fallu quelque chose qui le pousse vers plus de réalisme. Il y avait trop de second degré, on regardait ça un peu comme dans un miroir. Le personnage que j'interprétais n'était pas assez charnel.

Est-ce qu'il y a des rôles qu'on ne vous propose pas, et que vous aimeriez jouer ?
J'ai une attirance pour les choses que je ne peux a priori pas faire, des personnages simples et populaires…Par exemple, j'avais été bouleversée en lisant "L'honneur perdu de Katharina Blum". Ce n'est pas moi, mais j'aurais aimé jouer ce personnage qui m'avait émue.

Est-ce qu'il y a des choses que vous ne voulez absolument pas faire ?
Ca ne me gênerait pas de jouer quelqu'un de bête, mais ça me gênerait de jouer quelqu'un d'antipathique, un personnage pour lequel je n'éprouverais pas de sympathie…

Vous accepteriez de vous enlaidir, de vous vieillir ou de vous transformer physiquement pour un rôle ?
Non. Les gens qui m'aiment bien m'aiment pour mon physique et ceux qui ne m'aiment pas, c'est pour la même raison. Je n'accepterais pas parce que je ne trouverais pas à travers ça quelque chose qui m'aurait manqué dans ma carrière. Je n'ai pas envie de prouver à n'importe quel prix que j'ai du talent, même si on dit que les actrices qui sont jolies veulent être aimés pour leur talent et leur intelligence. Je suis admirative de voir De Niro dans "Raging Bull", même si ça me semble une folie. Mais ce qui m'a épaté, c'est ce qu'il fait dans le film, pas qu'il ait pris trente kilos.

Comment abordez-vous un rôle ? Est-ce que vous préparez beaucoup avant, en réfléchissant aux motivations du personnage, etc. ?
Non, je suis une femme de terrain et d'instinct, et je ne travaille qu'avec des gens que je connais bien. J'ai besoin d'avoir une relation de confiance, vraiment amicale avec le metteur en scène. Et j'ai besoin d'être poussée, il faut qu'il me pousse dans la bonne direction et m'aide à aller plus haut, un ton au-dessus, parce que j'ai tendance à jouer un cran en dessous.

Qu'est-ce que vous appelez un cran en dessous ?
Dans la vie, par goût, je trouve que moins on en dit, mieux c'est… C'est vrai que je ne prépare pas mon rôle à l'avance. Par contre, je lis et relis le scénario, pour m'imprégner de sa logique, de sa construction, pour retrouver la chronologie. Je suis toujours frappée que, même si on a tourné dans le désordre, le film une fois monté arrive à recréer cette unité temporelle. C'est pour ça que je relis toujours ce qu'on a fait avant pour retrouver le ton, l'humeur, l'état de la scène précédente. Et pour ne pas oublier le personnage. Parce qu'il y a ce risque d'être emportée par l'humeur du tournage, l'émotion du moment, et d'oublier la ligne directrice du personnage. Plus ça va, plus je cherche la simplicité, pas les effets. Sur la longueur, ce qui reste, ce sont des choses fulgurantes, une trajectoire, une ligne qui doit être la plus pure et la plus nette possible. Je ne suis pas pour jouer les scènes. Je suis pour jouer les personnages. Donc, toujours relire ce qu'on a fait avant pour garder une continuité, une tendance qui va se creuser et s'approfondir au lieu de s'éparpiller dans le désordre du tournage des scènes.

Vous refusez de vous laisser emporter dans l'instant présent ?
Ah oui, par volonté de ne pas me laisser emporter dans le tourbillon. C'est le danger, pour les acteurs, d'être victimes de leurs émotions, qui noient souvent le personnage. Il ne faut pas se laisser aller au piège de la séduction, ça enlève l'esprit critique.

C'est presque paradoxal, parce que vous dites que vous êtes instinctive, et en même temps il y a une grande volonté de maîtrise.
Oui, mais je vous parle de manière idéalisée, je sais que je ne suis pas capable de la faire tous les jours. Mais j'ai toujours ça à l'intérieur de ma tête.

Le ton juste, vous le trouvez comment ? Il vient des déplacements et des mouvements, au tournage ?
Je ne suis pas très maniaque, je sens les choses vraiment sur place. Et puis je peux sentir des choses par moments, pour certaines scènes, et après, avoir des reculs, des refus, des pertes de vitesse. Mais je comprends que des acteurs aient besoin de repères précis ou de passer par des détails techniques, physiques. Certains sont très maniaques sur les costumes. Ils ne peuvent pas construire leur personnage s'ils n'ont pas le costume juste. Je n'ai pas besoin de ça. Mais je ne peux pas avoir l'idée du personnage du début à la fin, parce que le personnage du scénario n'est pas vraiment le même que celui du film. Il doit vous échapper à un moment. Aussi parce que c'est un travail collectif que plus personne ne contrôle vraiment. Ce n'est pas l'idée de s'abandonner, mais plutôt de se moduler à l'ambiance du tournage, aux personnalités du metteur en scène et de vos partenaires. Ce ne sont pas des choses qu'on peut fixer à l'avance.

Est-ce que vous vous intéressez au travail de l'opérateur ? Vous parlez avec lui de la manière dont vous serez cadrée et éclairée ?
Je m'intéresse beaucoup au cadrage. Parce que c'est très important, dans les plans fixes, de savoir si on va avoir les mains dans le cadre. C'est comme en peinture, les mains c'est ce qu'il y a de plus dur à représenter. Et dans un plan fixe, c'est cette partie du corps qui est la plus difficile à faire vivre. C'est très difficile de faire vivre son corps immobile. Et je m'intéresse au son, parce que ça représente 30 % de l'image. J'ai appris ça avec Truffaut. Ca m'arrive souvent de demander à écouter une prise avant de la refaire. J'ai un débit très rapide, et le drame, c'est quand on doit faire du doublage. Là, c'est la catastrophe, parfois je n'arrive pas à me doubler tellement j'ai parlé vite. Truffaut avait une théorie sur mon débit de voix, qui était aussi celui de ma sœur Françoise : l'idée qu'on était d'une famille nombreuse (nous étions quatre filles), et qu'il y avait une telle concurrence pour placer un mot dans les conversations familiales qu'il y avait eu une accélération.

C'est important pour les rôles de comédie, ça.
Oui, parce que la comédie c'est très musical. Quelqu'un qui sait très bien faire ça, c'est Jean-Paul Rappeneau. Il a un sens de la mesure à l'intérieur d'une scène, les temps prennent une importance. Parce qu'il peut y avoir une bonne scène, mais si le rythme n'y est pas, c'est fini.

Et vous, vous avez le sens de cette musicalité ?
Je crois que j'ai l'oreille assez musicale. Enfin, je n'ai pas l'oreille absolue… Mais je suis très sensible à ça. Quand on tourne, pas seulement une comédie, je sens bien les rythmes dans une scène. C'est pas seulement raccourcir les choses en accélérant, elles prennent un autre sens. Parfois, il y a des acteurs qui prennent leur temps pour se dire les choses, et ça fond, tout fond. C'est plutôt dans ce sens là que ça s'abîme. C'est rarement quand on contracte, c'est souvent quand on prend des temps trop longs.

Vous avez travaillé avec Demy justement. Pouvez-vous nous parler de votre collaboration ?
Ah, j'ai beaucoup appris avec lui. La discipline la plus incroyable qu'on puisse avoir, c'est de faire un film qu'on connaît par cœur avant d'avoir commencé à tourner. "Les parapluies", c'est un film que je connais encore pratiquement par cœur. De l'avoir appris avant de tourner et d'avoir été contrainte de trouver des mouvements, des gestes, des déplacements… Après, quand on a tourné "Les demoiselles", ça a été beaucoup plus facile. On tournait avec un chronomètre puisque toute la musique était écrite avant. Ca m'a semblé une contrainte, mais une contrainte vraiment amusante, comme un piège qu'il fallait déjouer.

C'était comme jouer une partition ?
Oui, jouer une partition, mais non seulement il fallait chanter en play-back, mais il fallait trouver des choses, des déplacements et des gestes naturels comme mettre des assiettes, à l'intérieur d'un nombre de secondes déterminé. Techniquement, c'était vraiment amusant, c'était diabolique, mais comme un jeu, un jeu vraiment difficile. C'était un tournage extraordinaire, vraiment, c'est un souvenir inoubliable, "Les parapluies". C'est une discipline qui m'a vraiment marquée. Et non seulement Demy me l'a fait faire, mais il expliquait beaucoup, et très bien. C'est pour ça que quels que soient ses sentiments à mon égard, je lui garderai toujours une très grande reconnaissance. C'est une expérience que je n'aurai jamais plus.

Est-ce qu'il y a un moment où le problème de l'âge se pose, dans le choix des rôles ?
Pour l'instant, ça ne se pose pas, mais ça se posera sûrement. Le cinéma, comme disait François, c'est pas la vie, donc vous pouvez très bien tricher sur certaines choses, et comme je n'ai pas envie d'arrêter de faire du cinéma, j'essaierai de prolonger le plus possible une certaine période avant de tomber dans un autre registre que je ne sens pas du tout actuellement. C'est vrai que dans la vie, je suis mère d'un fils de vingt ans, mais je n'ai pas tellement envie de jouer ça au cinéma ! Pas par coquetterie, mais parce que je pense que j'ai encore le temps au cinéma de faire tout ça, je veux gagner du temps. Parce qu'il y a encore d'autres choses que j'ai envie de faire.


Par : Danièle Dubroux et Marc Chevrie


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