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L'élégance signée Deneuve

Quand la femme la plus élégante du monde pose dans "Femme" habillée par Yves Saint Laurent, c'est un événement. A Jean-François Josselin, Catherine Deneuve dit pourquoi certains vêtements donnent de la force à celles qui les portent.

Mais je ne suis pas du tout sure d'être élégante !

Mais si, elle est très, très élégante, Catherine. A ce point même qu'elle évolue dans le monde - pourtant pas si joli que ça tous les jours - comme s'il s'agissait d'un décor fit sur mesure pour elle.

Diana Vreeland, dit-elle un peu songeuse, c'est une personne très élégante, j'en suis sure. D'ailleurs, elle est simple et directe. C'est elle qui dirige le département "mode" au Metropolitan Museum de New York.

Mais je vous assure que vous, vous êtes très élégante.

Elle sourit, très gaie :

Disons que j'ai toujours eu le goût des tissus, des matières, des objets. A quinze ans, j'allais chercher mes chemises de nuit aux Puces. Et puis plus tard, j'ai rencontré des gens comme mon mari, David Bailey, qui s'intéressait à la mode non pas en tant que mode, mais en tant que style. Voilà, au fond, c'est le style qui m'intéresse, le mélange de nonchalance et de goût, le chic. Visconti et Cecil Beaton, si vous voulez. Ça n'a rien à voir, enfin, ça n'a pas tout à voir avec les vêtements. L'élégance vestimentaire vient après. Il y a des femmes élégantes en marinière et en pantalon, pas maquillées. Au fond c'est une attitude : tenez, par exemple, Lucia Bose est quelqu'un de très élégant, c'est une femme qui a quelque chose de naturel. Elle n'est jamais apprêtée.

Ce qu'il y a de fascinant, chez la Deneuve, c'est qu'elle a des gestes nets et doux, infiniment précis. Et ses pauses ne sont jamais des poses. En quelque sorte, elle a des mouvements comme sa voix, unie, fraîche, légère, qui fredonne :

Un vêtement, explique-t-elle, il faut d'abord que ce soit quelque chose de voluptueux. Moi, par exemple, j'éprouve du plaisir à porter des choses doublées de satin. C'est comme une protection, ça donne une force... Et puis un vêtement est une façon de dire, de se dire. Les gens qui vivent seuls, ça se voit tout de suite.

Catherine est une dame très discrète, très jolie. Elle a une économie de ses attitudes, une apparence impeccable. Et si sa garde-robe était une garde-armure ?

Pas du tout, coupe-t-elle. Les jours où ça va mal, un vêtement n'a aucune importance. Ce sont des jours à rester en robe de chambre. Mettre une robe, ça n'a pour moi aucun effet curatif. Même chose pour le maquillage : la peau est morte, l'œil aussi. On ne trompe personne par la couleur de sa robe. Quand on est éteint, il n'y a rien à faire.

Qui a dit que Catherine était la reine de la dentelle ?

Elle éclate de rire :

C'est une légende, je n'ai jamais collectionné les dentelles. En revanche, je garde des morceaux de tissus. Souvent je n'en fais rien, simplement je les regarde, je les touche, je les admire. Je rapporte des tissus de partout, des Etats-Unis, du Maroc, des Bahamas, Je les garde dans des placards qui ne ferment pas.

Mais le vêtement, pour vous, c'est un outil professionnel en quelque sorte, non ? Une robe, pour une actrice, c'est d'abord un costume.
Oui, bien sûr. Et c'est très grave quand on se trompe de vêtement dans un film. Dans la vie, non, on peut toujours se rattraper. Mais au cinéma... Saint Laurent, je m'abandonne les yeux fermés. Mais Saint Laurent ne peut pas habiller tous les rôles et c'est bien dommage parce que je ne me suis jamais lassée de mettre ses robes dans la vie : le matin, l'après-midi et le soir.

Dans quel film vous trouviez-vous sublimement habillée ?
Dans "Belle de jour". C'est une mode qui vieillit très bien.

Et le plus horriblement ?
Dans presque tous les films que j'ai tournés au milieu des années 60. C'était l'époque des mini-jupes et des coiffures choucroute. La mini-jupe, c'était vraiment quelque chose de très laid. Je n'aime pas quand on bouscule les proportions. Et puis, avouons-le, à part les genoux de Bardot et de Tippi Hedren dans "Les oiseaux", c'est difficile de découvrir les jambes des femmes. Mais à l'époque, on ne se posait pas la question. L'œil se fait très vite à tout...

Quelle est la mode la plus jolie, selon vous ?
Le plus joli, c'est justement ce qui cache à peine le genou. Comme la mode d'aujourd'hui, on vit une époque charmante - du moins de la mode - avec des vestes très épaulées inspirées par celles des années 50. Un mélange de classicisme et d'audace. J'aimais beaucoup aussi la mode des années 30, Madeleine Vionnet.

Les couleurs de Catherine : noir et blanc et puis aussi un certain bleu clair. Il lui arrive de demander à son grand ami Yves Saint Laurent des conseils pour une couleur. Il la surprend. Ainsi, pour le Festival de Cannes naguère, elle pensait à une robe de mousseline noire. Il a choisi, lui, un rose très vif.

Et c'était ravissant ! Ce que j'aime ? Eh bien, les manteaux moelleux, l'alpaga et le poil de chameau. Mais aussi les tissus secs et masculins, comme le drap. Côté professionnel, j'ai besoin de tissus qui se tiennent bien ; dans notre métier, on ne peut pas porter des étoffes froissées. Pour le soir, je préfère les crêpes et la mousseline, ou encore les smokings de Saint Laurent (toujours !) " grain de poudre ", une matière très fine, comme une serge, très souple, d'une couleur très mate, un noir très dense. Mais vous savez, en vérité, je ne suis pas quelqu'un de très facile à habiller.

Evidemment, on s'étonne : ce n'est pas vrai, comment peut-on croire ?... Elle sourit, très malicieuse et puis un peu rêveuse aussi.

Mais si ! Je ne suis pas facile à habiller pour la bonne raison que je ne suis pas facile à déshabiller...

Spécial haute couture


Par : Jean-François Josselin
Photos : David Bailey


Film associé : Belle de jour



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